Christian Bobin est né en 1951 au Creusot.

Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont les titres s'éclairent les uns les autres comme les fragments d'un seul puzzle. Entre autres : Une petite robe de fête, Souveraineté du vide, Eloge du rien, Le très-bas, La part manquante, Isabelle Bruges, La folle allure.

 

 

 

<< Un jour viendra où une main de lumière heurtera le bois du coeur, avec une telle insistance que je ne pourrai faire autrement que me lever, et ouvrir. A la question qui me sera alors posée, je ne saurai pas répondre, sinon par un sourire : je n'ai rien fait de ma vie. Je l'ai perdue le plus possible. >>

 



Souveraineté du vide

Lettres d'or

 

Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n'est-ce pas : un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l'abîme, avec l'élan acquis de l'âge. Et sous la fraicheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie : l'âme. Malade, oui. Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l'enfance. Comme telle, inguérissable. Elle aurait aussi un autre nom : la vie. Ce ne serait en rien une vie intérieure, une arrière-vie, une clairière momentanément hors d'atteinte et dans quoi, par un clair matin, l'on pourrait pénétrer. Ce serait une maladie, voilà tout, et la conscience que vous en auriez serait aussi bien la conscience de l'insuffisance profonde de tous remèdes.

Un jour, dans cette absence égale, chronique, vous recevriez ces lettres. trois lettres. L'apparence serait celle d'un livre. L'auteur, ce serait vous, c'est-à-dire un autre. Un passant. Une ombre, lointaine. Personne.



 

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