Mes lectures

Jeudi 16 novembre 2006

Morphine de Mikhail Boulgakov (1891-1940), l'auteur de Maître et Marguerite, raconte la progressive intoxication par la morphine d'un médecin qui finit par se suicider. Une narration si réaliste qu'on ne peut s'empêcher de penser que l'auteur n'était pas un simple observateur. Effectivement, ce récit relate très précisément son épisode de morphinomanie en 1917 quand Boulgakov, de retour du front, fut muté comme médecin de campagne près de Smolensk.

Journal intime du double de l'auteur, Morphine est bien le joyau noir d'une oeuvre unique, tardivement reconnue.

Chapitre Premier

Depuis longtemps déjà, les gens intelligents l'ont noté, le bonheur c'est comme  la santé, il suffit qu'il soit là pour qu'on n'y pense pas. Mais, passées quelques années et voilà qu'on s'en souvient, oh comme on s'en souvient !

En ce qui me concerne, eh bien cela m'apparaît claire aujourd'hui, durant l'hivers 1917, j'ai été heureux. Année inoubliable, année de tourmentes et de tumultes.

La tempête qui s'était levée s'était saisie de moi comme d'un bout de journal et m'avais transporté d'un district perdu au chef-lieu du canton. La belle affaire, allez-vous penser, qu'un chef-lieu ? Mais si quelqu'un est jamais resté comme moi un an et demi durant enfermé, l'hivers dans la neige, l'été au beau milieu d'austères et maigres forêts, sans en sortir ne fut-ce qu'un seul jour, si quelqu'un a défait la bande des journaux de la semaine passée avec un battement de coeur pareil à celui de l'amoureux comblé qui décachette une enveloppe bleu ciel, s'il est arrivé à quelqu'un de parcourir dix-huit verstes en traîneau, les chevaux attelés en file indienne, celui-là, on peut l'espérer, me comprendra.

 

Par Elisabeth
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Lundi 27 novembre 2006

Christian Bobin est né en 1951 au Creusot.

Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont les titres s'éclairent les uns les autres comme les fragments d'un seul puzzle. Entre autres : Une petite robe de fête, Souveraineté du vide, Eloge du rien, Le très-bas, La part manquante, Isabelle Bruges, La folle allure.

 

<< Un jour viendra où une main de lumière heurtera le bois du coeur, avec une telle insistance que je ne pourrai faire autrement que me lever, et ouvrir. A la question qui me sera alors posée, je ne saurai pas répondre, sinon par un sourire : je n'ai rien fait de ma vie. Je l'ai perdue le plus possible. >>

 



Souveraineté du vide

Lettres d'or

Vous seriez loin de votre vie. Comme toujours, n'est-ce pas : un état ordinaire, banal. Le corps irait tout seul vers l'abîme, avec l'élan acquis de l'âge. Et sous la fraicheur du sang, une faiblesse, une cendre. Une nostalgie : l'âme. Malade, oui. Sans doute : malade. Le vrai nom de la maladie, ce serait l'enfance. Comme telle, inguérissable. Elle aurait aussi un autre nom : la vie. Ce ne serait en rien une vie intérieure, une arrière-vie, une clairière momentanément hors d'atteinte et dans quoi, par un clair matin, l'on pourrait pénétrer. Ce serait une maladie, voilà tout, et la conscience que vous en auriez serait aussi bien la conscience de l'insuffisance profonde de tous remèdes.

Un jour, dans cette absence égale, chronique, vous recevriez ces lettres. trois lettres. L'apparence serait celle d'un livre. L'auteur, ce serait vous, c'est-à-dire un autre. Un passant. Une ombre, lointaine. Personne.

 

Par Elisabeth
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Samedi 30 décembre 2006

 

Marguerite Duras, (pseudonyme de Marguerite Donnadieu) est née à Gia-Dinh, près de Saïgon en Indochine, en 1914. Ses parents étaient des enseignants partis vivre dans les Colonies françaises.

Marguerite est élevée en pension à Saïgon avant de rentrer en France; en 1932, elle se fixe à Paris et entreprend des études de droit, de mathématiques et de Sciences politiques.

Son premier roman Les Impudents est publié en 1943.

Elle épouse Robert Antelme en 1939, puis rencontre en 1942 Dyonis Mascolo, dont elle aura un fils, Jean.

Elle a remporté le prix Goncourt pour son roman L'Amant.

Elle meurt en 1996, à Paris, à l'âge de quatre-vingt-un ans.

ECRIRE

<< Il faut toujours une séparation d'avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C'est une solitude essentielle. C'est la solitude de l'auteur, celle de l'écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c'était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l'on fait dans une maison et à toute les heures de la journée, dans toutes les lumières, quelles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l'écrit. Je ne parlais de ça à personne. Dans cette période-là de ma première solitude j'avais déjà découvert que c'était écrire qu'il fallait que je fasse. J'en avais déjà été confirmée par Raymond Queneau. Cette phrase : "Ne faites rien d'autre dans la vie que ça, écrire." écrire, c'était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l'enchantait. Je l'ai fait. L'écriture ne m'a jamais quittée. >>

" Auteur que j'affectionne particulièrement. Très beau livre. "

 

 

Par Elisabeth
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